Grossesse et plongée

 


CONSEILS AUX PLONGEUSES

Docteur Christophe BEZANSON

26 novembre 2002

 

SUMMARY : Pregnancy and diving
“Is it possible to dive during pregnancy ? This question is often asked in diving centers. There is only one answer : No !!”
This article explains why by several means :

–         Physiology of placental exchange : it explains the role of the placenta and our ignorance about the exact pressures during diving.
–         The impossibility to know what’s happening to the fetus, during accidents of decompression and their treatment.
–         Apnea is without risk in the 3 to 5 m. Zone when no hyperventilation.
–         The management of the risk when diving has been made during pregnancy : medical surveillance should be more frequent especially ultrasound surveillance for malformation.
Conclusion
 : Diving and apnea is prohibited during pregnancy. When pregnancy is misunderstood, surveillance should be more frequent.
4 weeks after a normal delivery, diving can be taken up again. Diving is a swimming pool is not always adapted to pregnant women. Special sessions should me organized.

 

  • « Est-il possible de pratiquer la plongée sous-marine lors de la grossesse ? » est une des questions les plus souvent posées en club de plongée.
  • La réponse ne souffre aucune ambiguïté, c’est NON !!!
  • Reste à expliquer le pourquoi d’une position aussi ferme et ne souffrant aucune discussion …

 

  1. La physiologie des échanges placentaires
  2. En cours de plongée
  3. Les accidents de plongée
  4. L’apnée
  5. L’environnement de la plongée
  6. La piscine
  7. La gestion du risque à postériori
  8. En conclusion
  9. Pour en savoir plus

 

1 – PHYSIOLOGIE :

Le fœtus se développe dans l’utérus, baignant pendant 9 mois dans le liquide amniotique, mais son alimentation et sa respiration se font à partir du placenta maternel par l’intermédiaire du cordon ombilical. Le placenta est une sorte de galette de 5 à 7 cm d’épaisseur collée contre la paroi de l’utérus. C’est le placenta qui assure la totalité des échanges entre circulation fœtale et maternelle, il n’y a pas de communication directe entre le système vasculaire de la mère et celui du fœtus.

« Le placenta doit être considéré comme le poumon fœtal ».

Les appareils respiratoire et digestif du fœtus sont au repos ; les transferts de nutriments et de gaz se font donc par diffusion ou par transfert actif à partir du placenta. Le fœtus est totalement dépendant de l’équilibre sanguin, gazeux et électrolytique, de la mère et toute perturbation dans le sang maternel se transmet immédiatement au fœtus.

Les échanges d’O2 et de CO2 sont optimisés pour favoriser le fœtus de part la qualité de l‘hémoglobine fœtale, des pressions partielles maternelle et fœtale et des capacités de diffusion de ces deux gaz.

Le placenta est très richement vascularisé. Le sang fœtal enrichi, oxygéné et purgé est conduit au fœtus par le cordon ombilical assurant le transfert du sang dans le sens placenta maternel-fœtus et inversement.

Pression en O2 : sang maternel : 100 mm Hg et après passage par le placenta : 45 mm Hg
Pression en O2 dans le placenta : 40 mm Hg
Pression en O2 dans le sang fœtal : 20 mm Hg et après passage placentaire : 60 mm Hg

Le fœtus est donc en état d’hypoxie chronique tout au long de la grossesse.

Le sang du fœtus ne passe pas par les poumons pour son oxygénation, mais passe des veines aux artères par le Trou de Botale, ou « foramen ovale » dans la paroi inter-oreillettes et par le canal artériel, entre l’artère pulmonaire et l’aorte. Ces deux orifices se ferment normalement à la naissance obligeant alors le sang à passer par les poumons.

Les bulles apparues dans le corps du fœtus ou provenant de la mère peuvent alors passer facilement dans l’aorte puis dans les organes avec un risque augmenté de fausses couches, de malformations ou de défaut de croissance.

2 – EN PLONGÉE :

La pression de l’eau s’exerce sur l’ensemble des organes et des liquides, avec une augmentation des pressions partielles en oxygène, gaz carbonique et azote en rapport avec la profondeur. Malheureusement, le corps humain, s’il obéit aux lois de la physique, n’est pas un modèle mathématique simple (cf. les tables de plongée et les multiples « tissus » traités). Il n’est donc pas possible de connaître avec exactitude les pressions gazeuses qui s’exercent au niveau du placenta par rapport aux intenses écarts de pression liés à la profondeur chez la mère et chez le fœtus.

3 – LES ACCIDENTS :

A- La mère :

L’accident le plus redoutable est bien sûr l’accident de décompression (ADD). Cet accident survient habituellement suite au non-respect des tables de décompression et de la courbe de sécurité. Le traitement de cet ADD repose sur la recompression en caisson hyperbare et c’est la régularisation des signes cliniques déficitaires (les vertiges, les paralysies, etc.) qui signe le bon résultat du traitement de cet ADD.

Il est impossible de connaître l’état du fœtus en cas d’ADD maternel et plus encore l’évolution des signes déficitaires au cours de la recompression hyperbare.

Tout déficit en oxygène au niveau du cerveau fœtal peut entraîner de graves lésions cérébrales qui ne seront découvertes qu’à la naissance !

La remontée permet à l’azote dissous dans le sang et dans les tissus de repasser à l’état gazeux et ces bulles si elles demeurent de faible taille( remontée contrôlée et respect des tables) passeront dans l’air des poumons et seront ainsi expulsées sans difficulté par l’expiration.

L’ADD correspond à la présence de « grosses » bulles d’azote recouvertes de plaquettes qui vont circuler dans le système sanguin avec le risque majeur de se bloquer dans les capillaires (thrombose) provoquant la mort de la zone périphérique à cette thrombose. Ces bulles peuvent donc se bloquer dans les vaisseaux placentaires ou traverser le placenta vers le fœtus.

B – Le fœtus :

L’azote dissous dans le sang maternel passera chez le fœtus via le placenta, mais qu’en sera t’il lors de la remontée ? L’azote fœtal pourra t’il repasser dans la circulation maternelle aussi facilement qu’il y a pénétré ? Il est impossible de le savoir avec précision, mais il est licite de penser que le fœtus peut faire un ADD alors que la mère n’aura rien ressenti !!

Les bulles apparues dans le corps du fœtus ou provenant de la mère peuvent alors passer facilement dans l’aorte, puis dans les organes fœtaux avec un risque majoré de fausse-couche, de malformations ou de défaut de croissance.

C – Autres perturbations liées au milieu :

  1. Le froid qui entraîne une vasoconstriction des vaisseaux diminuant les capacités d’échanges gazeux et augmente la fatigabilité.
  2. L’exercice physique prolongé tel que celui d’une plongée de 30 à 45 minutes avec dépense musculaire, production de gaz carbonique, consommation d’oxygène et troubles ioniques.

  3. Le port de la combinaison ajustée, les plombs.
  4. Les animaux et les plantes urticants ou piqueurs.

4 – L’APNÉE :

L’apnée habituelle ne présente pas les mêmes risques d’ADD, mais, comme lors de la plongée en scaphandre, il nous est impossible de connaître les effets des écarts de pression au niveau du placenta ainsi que l’état gazeux du sang fœtal. La nage en surface avec palmes, masque et tuba est possible à condition de se prémunir des chocs avec d’autres plongeurs notamment venant d’en dessous (voir piscine).

L’apnée dans la zone des 3 à 5 mètres ne semble pas poser de problèmes à condition de limiter l’hyperventilation et la durée de l’apnée.

5 – L’ENVIRONNEMENT DE LA PLONGÉE :

Il s’agit  du port des bouteilles de plongée, du bateau très souvent encombré du fait des plongeurs, des chutes de matériel comme les bouteilles, des échelles de remontée peu faciles d’accès, du mal de mer renforçant l’état nauséeux habituel de la grossesse, etc.

Enfin le port de la combinaison ajustée n’est pas compatible avec la grossesse comprimant l’utérus et les seins, sans parler de l’inconfort de la ceinture de plomb.

6 – LA PISCINE :

La présence de femmes enceintes dans un bassin où évoluent des plongeurs portant bouteilles, masque et tuba doit être interdite, le choc de l’un de ces objets sur le ventre de la femme sera très douloureux et traumatisant. De plus, un plongeur peut glisser, tomber dans l’eau sur le bord du bassin et ce qui ne serait en temps normal qu’un éclaboussement peut être très mal ressenti par la future mère. Néanmoins, il ne faudrait pas trop isoler la future mère pour qui la vie du club est importante.

La femme enceinte peut bénéficier de séances de piscine spéciales dans la plupart des piscines.

7 – GESTION DU RISQUE A POSTERIORI :

La plongée sous-marine est contre-indiquée dès le début de la grossesse. Cependant des plongées ont pu être effectuées avant de connaître cet état de grossesse. Il n’est pas nécessaire a priori d’envisager une interruption de grossesse (IVG), mais certainement de renforcer la surveillance médicale. Une surveillance échographique notamment des membres est nécessaire.

Des malformations fœtales seraient plus fréquentes avec des plongées répétées entre 20 et 30 mètres lors du premier trimestre. Risque majoré hors de la courbe de sécurité.

Repères en cas de plongée effectuée en ignorant l’état de grossesse (rappel : dès que la grossesse est connue, la plongée est interdite) :

  • Entre 0 et 6 semaines de grossesse, avec le respect des paliers et à moins de 20 mètres : pas de problèmes.
  • Entre la 6e et la 13e semaine : analyse des profils de plongée, surveillance échographique renforcée et échographie morphologique très particulière à 24 semaines.

  • Au-delà de la 13e semaine : un risque majeur est à craindre.

Un ADD maternel avec recompression sous oxygène hyperbare n’est pas synonyme d’IVG, mais demande une surveillance accrue au cours de la grossesse.

Les séjours plongée proposent une assurance annulation. Celle-ci est bien sûr des plus conseillée en général et couvre la grossesse déclarée après signature du contrat, au moment de l’inscription pour le séjour.

Prévenir ? Une contraception orale de qualité est peut-être la meilleure solution pour préparer votre séjour plongée avec les bénéfices bien connus de la pilule lors des voyages.

8 – EN CONCLUSION :

La plongée en bouteilles et en apnée est interdite à la femme enceinte, afin de prévenir tout accident chez le fœtus. La méconnaissance d’une grossesse débutante lors de plongées peu profondes et dans la courbe de sécurité imposent une surveillance accrue, mais pas une IVG.

La reprise de la plongée peut s’effectuer quatre semaines après un accouchement normal.

L’allaitement maternel ne contre-indique pas la plongée, qui est cependant déconseillée. Il conviendrait alors d’une part de se limiter à la petite plongée d’exploration de courte durée, et d’autre part d’observer une rigoureuse hygiène des seins.

La piscine où évoluent des plongeurs en scaphandre n’est pas toujours adaptée à la future mère.

La grossesse est un moment merveilleux pour les futurs parents et mérite donc un maximum de précautions pour une durée somme toute brève à l’échelle d’une vie.

9 – POUR EN SAVOIR PLUS :

  • « Obstétrique pour le praticien », P.Lansac et coll., Editions Masson.
  •  « Plongée santé, sécurité », X. Fructus et R. Sciarli, Editions Ouest-France.
  •  « La plongée en apnée », H. Courriol, Editions Masson.
  •  « Plongée et grossesse », Philippe Ferry, Plongée Magazine, revue bimestrielle, n° 50, juin-juillet 2002.
  •  « Femme et plongeuse », Alain Delmas, Océans, revue bimestrielle, n° 267, mai-juin 2002.

L’auteur remercie ses confrères de la FFESSM pour leurs précieux conseils.

 

 


ASSOCIATION RÉUNIONNAISE DE MÉDECINE SUBAQUATIQUE ET HYPERBARE
Siège social : Groupe Hospitalier Sud Réunion, BP 350, 97448 Saint-Pierre cedex, Île de la Réunion
htpp://www.aresub.org

 

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